Mercredi 24 septembre 2008 3 24 09 2008 18:23

Publié dans : Quatrième dimension - Par La part de l'autre
Il y a des fois où on doit faire une chose tout en se disant que ca va être compliqué. Et en général, quand on le fait, on se dit « ah ben oui, c'est le bordel ». Mais il y a aussi des fois où on se dit « ah ben finalement c'est tellement le bordel que ca en devient beau ». Hier soir, en lançant le « tchat » d'assistance technique de Free, je me disais bien que ca allait être le bordel, peut être même que ca allait tellement être le bordel que ca en deviendrait beau. Mais ce fut au delà de mes attentes. Un vrai moment d'anthologie.

Admirez !

[23-09-2008 22h39] [Début Session Tchat] [Service choisi: Technique]

[23h01] Assistance: Bienvenue Mr XXX XXX , vous êtes actuellement connecté sur le salon Technique de Free pour la ligne XXXXXXXXXX en Freebox total . Notez que vous pouvez à tout moment changer vos éléments de contact (mail + mobile) depuis votre console de gestion rubrique « Modification de mes informations ».


Donc là, si je mets 2 minutes à répondre, ca n'est pas pour les énerver. C'est juste que j'ai été mis près de 30 minutes en attente, et qu'au bout d'un moment, de désespoir, je m'étais retranché dans un autre onglet sur quelque site pornographique qui passait par là.

[23h03] Moi: bonjour

[23h03] Moi: bonjour

[23h03] Moi: bonjour


Oui parce que moi je suis naïf, je pense bêtement qu'ils vont mettre moins de 15 secondes à déclencher leur message automatique de bonjour. Mais tu penses, c'est long de trouver le bouton...

[23h04] Assistance: Bonjour , en quoi puis je vous aider ?

Youpi...

[23h04] Moi: j'ai une question concernant les pages persos

Comme vous voyez, je n'y vais pas bille en tête. Je lui facilite le travail en restreignant son champ d'investigation, histoire qu'il ait moins de pages d'aide à ouvrir.

[23h04] Moi: je voudrais savoir comment changer les droits sur les dossiers des pages persos

Elle est pourtant claire ma question ! Non ? Bon après tout la question on s'en fout.

[23h06] Assistance: Pouvez vous m'expliquer de plus votre demande ?

Oui, je peux t'expliquer de plus ma demande, si tu y'en m'explique lequel langage tu parles. Dans le doute, je développe.

[23h06] Moi: comment modifier les droits d'accès aux dossiers de l'arborescence des pages persos ? La commande CHMOD semble désactivée

Ca y'est, il est mort. J'ai déballé les termes informatiques barbares, il n'a pas survécu...

[23h10] Moi: allo ?

Oui parce que quand même, j'aimerais bien le savoir moi, comment on fait pour changer ces putain de droits de ces putains de pages persos. Non pas que je m'inquiète de la santé de mon interlocuteur hein, après tout il ne craint pas grand chose derrière son écran à 23h10 (enfin, heure française, mais je me demande sur quel fuseau horaire se trouve cette centrale de tchat). Donc j'insiste. Et bien m'en prend. Parce que la réponse qui s'en suit est tout simplement merveilleuse.

[23h11] Assistance: Alors votre page perso marche bien ?

Alors là, je suis cloué. J'aurais tout attendu mais pas un truc pareil. Le pire, c'est que cette phrase est la première qu'il arrie à marquer en français à peu près correct. Vite, il me faut une réponse. Je suis bien tenté de lui dire que ma page perso l'emmerde, ou bien que ma page perso marche bien, et tant mieux, comme ça elle va pouvoir se rendre toute seule au siège de Free et poser directement la question à l'accueil, ou encore que je porte un pyjama avec des nounours. Il me faut d'ailleurs une minute pour trouver une réponse à peu près valide.

[23h12] Moi: euh, quel rapport avec ma question ?

Je sais, c'est plutôt conformiste, mais mon objectif principal reste quand même d'avoir une réponse, alors je tente de ne pas trop l'énerver. Vu les 5 minutes qu'il met à répondre, il est soit énervé soit perdu. Peut être même que tous ses collègues sont autour de lui, à essayer de le dépanner pour comprendre mon langage.

[23h17] Assistance: J'aimerais juste savoir est ce que votre page perso , concerné par votre souci est ce qu'elle est bien fonctionnelle ou non , avant de vous informer sur la procédure à suivre ?

Concours du jour : si vous trouvez ce que « concerné par votre souci » viens faire là, vous gagnez votre poids en pensées malsaines. Bref, j'en ai marre, je cède.

[23h18] Moi: oui, ma page perso est fonctionnelle

Allez, tu as toutes les informations nécessaires pour répondre à ma question alors maintenant MAGNE TOI LE LUC !!!!

[23h20] Assistance: Pouvez vous me confirmer la nom du compte associé à votre page ?

Ah ben non, tu ne les avais pas toutes en fait !

[23h21] Moi: xxxxxxxxx

[23h23] Assistance: Mr ,


Suspense... Qui dure plus d'une minute... Mais je tiens, je veux ma réponse, attention, elle arrive !!!

[23h24] Assistance: Suivant les in formations que vous m'avez communiqué , et les constatations que j'ai effectué sur nos outlis , et dans le but d'avoir plus d'infos sur votre demande , je vous invite à envoyer un mail sur forum page perso , en passant par ce lien ;

[23h24] Assistance: http://www.free.fr/assistance/mail.html


GROOOOOSSE TRUUUUIIIIE VIOOOOOLEEEEETTE !!!!

[23h24] Assistance: D'accord ?

Mais bien sûr... Et la marmotte...

[23h25] Moi: ok

[23h25] Moi: merci de votre aide


Oui, celle là c'est pour la blague.

Je n'ai pas pris le temps d'attendre sa réponse. Je me demande s'il l'a pris pour de l'ironie.

Donc si quelqu'un sait comment changer les droits d'accès aux dossiers des pages persos de free, vous aurez sans doute compris que je suis toujours preneur...
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Lundi 4 août 2008 1 04 08 2008 19:45

Publié dans : Gagne-pain - Par La part de l'autre
En cette période vacancière estivale, quoi de plus rebelle que de vous parler de mon travail ? Bon y'a peut-être mieux question rebelle-attitude, mais c'est tout ce que j'ai sous la main.

Car oui, je bosse. Malgré mes puériles élucubrations, je suis à la fois sorti des études, de la puberté boutonneuse, des soirées masturbatoires, et du cocon familial (rayez les 3 mentions inutiles).

Avec ma tronche de premier de la classe, je ne peux qu'avoir la guirlande de diplômes et le boulot bien payé. Et en prime, j'ai le titre à rallonge à faire péter une braguette. Accrochez-vous : je suis « consultant en systèmes d'information auprès des collectivités territoriales ». Ca tue sa mère.

Bon, j'explique, parce que rassurez-vous, personne ne sait réellement ce que ca veut dire.

Un consultant est une personne dont le métier consiste à dénigrer les autres, surtout les faibles, à frapper là ou ca fait mal, à fouiller au fond du marécage boueux, à trouver les cadavres cachés dans les placards, et à arborer un air hautain et prétentieux. Comme vous le voyez, on ne peut rêver d'un boulot correspondant mieux à mon profil.
Un consultant est sensé avoir une expérience du terrain et une expertise du métier lui permettant d'être un référent fiable et écouté. Mais en général, les gens qui l'écoutent doutent de tout ca, et ils ont bien raison. Du coup, le consultant parsème son discours de killer-termes, autrement appelés buzzwords, pour enfumer son auditoire. Evidemment, ces killer-termes ne veulent rien dire, mais oh hein ca va maintenant, il est consultant donc tu la fermes.

Je dois préciser que je ne suis pas rentré comme « consultant » mais comme « consultant junior ». Un consultant junior est comme un consultant, mais en merdeux. Il incarne donc un paradoxe évident puisque toute la légitimité d'un consultant lui vient normalement de son expérience. Le consultant junior ayant en général plus de boutons sur la figure que d'années de pratique, il augmente l'agressivité de ses contemporains en cumulant le dédain du métier, l'ignorance manifeste du domaine et l'arrogance de la jeunesse.
Finalement, le consultant junior, qui ne peut objectivement que faire baisser la crédibilité de son cabinet, joue souvent le rôle de gratte-papier. Quand il est vraiment bon, il peut parfois arriver à susciter chez ses clients des remarques du genre « lui dans quelques années ce sera un killer », « il est pas si mal le jeune con », ou encore, pour les vieilles peaux frustrées, « je me le taperais bien à l'apéritif ».

Mon patron ayant vite constaté que la junior-attitude est belle sur le papier mais râpe l'anus des clients, il m'a promu « consultant » tout court en moins de temps qu'il n'en faut à votre mari pour supprimer les textos de sa maîtresse avant de rentrer à la maison. Depuis, effectivement, ca glisse mieux.

Le terme système d'information est un killer-terme pour désigner un mélange de « putain de bordel de PC de merde qui marche pas », de « saloperie d'Internet qui rame », et de « connards du service informatique qui ne pigent rien à mon problème ».
Il y a 20 ans, on appelait encore ca « l'informatique » : on donnait un PC aux dirigeants, ils ne s'en servaient pas, ils frimaient avec, et la vie était belle.
Mais l'informatique d'entreprise a subi une révolution de taille : l'invention du site de cul. Depuis ce jour, on embauche, on réfléchit, on imagine de nouveaux concepts tels que « charte d'utilisation », « pare-feu », « schéma directeur », « plan de gouvernance », « Intranet stratégique », qui ont tous pour but plus ou moins avoué de faire en sorte que les employés consacrent une partie infime de leur temps à utiliser leur ordinateur pour bosser.

Une collectivité territoriale est un organisme inutile inventé par l'Etat pour se débarrasser de tâches chiantes ou délicates. Autrement dit, toutes les tâches qui ne servent à rien pour la promotion d'un élu, ou au contraire celles qui peuvent lui coûter sa tête. Mais comme l'Etat est malin et n'avait pas envie que les collectivités s'insurgent de se récupérer toutes les merdes, il les a feinté en leur donnant un budget faramineux, dont les collectivités ne savent pas quoi foutre.
On retrouve sous le terme de collectivité territoriale les mairies, les communautés de communes, les conseils généraux et les conseils régionaux, bref, tous les trucs pour lesquels on va parfois voter sans jamais savoir exactement ce qu'on élit.
Une collectivité est en général composée d'une assemblée d'élus et d'une administration. On compte également, de manière presque automatique : une cantine moisie pour les membres de l'administration, et un restaurant gastronomique avec cave à vin de compétition pour les élus.

Un élu de collectivité est un bonimenteur qui végète et profite de son mandat pour venir casser la graine au restaurant des élus au frais de la princesse (et la princesse, c’est encore vous). Une fois l'an, il lève la main bien haut pour « voter le budget » et prouver qu'il est réellement porteur de la voix de ses administrés.
Evidemment, le rôle d'un élu varie en fonction de la nature et taille de la collectivité, et de son rang. Mais globalement, c'est comme dans un jeu de stratégie : les inconvénients et les avantages sont différents d'un camp à l'autre mais s'équilibrent. Par exemple, un conseiller général n'a presque rien à faire de l'année, mais ne peut profiter du restaurant que les jours d'assemblée ; en revanche, le maire d'une petite commune se tape toutes les merdes mais peut facilement faire copain-copain avec la police municipale et ainsi faire un doigt d'honneur quand il passe devant un radar.

Une administration est un troupeau de fonctionnaires travaillant pour appliquer les décisions des élus et faire tourner la boutique. Dans l'écrasante majorité des collectivités françaises, ils sont organisés en services et directions, de manière bien verticale, pour qu'ils soient bien rangés et puissent dormir en paix.

Un fonctionnaire est un être trop facile à dénigrer, et vous savez combien je déteste la facilité donc non, je ne le ferai pas. D'autant qu'ils ne sont pas tous comme vous pensez que je pense qu'ils sont. Si je voulais faire du bien consensuel, je dirais que « c'est comme partout, il y en a des bons et des moins bons ». Mais moi vous me connaissez, le consensuel et le faux rebelle me font gerber. Et en plus, on a beau retourner le problème dans tous les sens, une collectivité, c'est vraiment pas comme partout.
Disons qu'après ces quelques mois de travail, j'ai vu les pires clichés, comme ceux qui arrivent à 10h30, repartent à 16h30, avec 8 pauses en moyenne, ou encore le chef de service surnommé « le baromètre » par ses agents parce qu'il est toujours en RTT quand il fait beau. Et puis j'en ai vu d'autres qui ont envie de bosser mais qui sont souvent bloqués par une chaîne décisionnelle sclérosée ou par l'archaïsme des méthodes.

Voilà pour le vocabulaire, la prochaine fois je casse le mystère et je vous explique vraiment en quoi consiste mon travail.
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Jeudi 24 juillet 2008 4 24 07 2008 00:00

Publié dans : Narcissisme - Par La part de l'autre
Un peu d'officiellement léger aujourd'hui, pour changer des articles pseudo-poétiques ou pseudo-engagés. Du léger et sans doute du vécu pour beaucoup...

Paris, musée du Luxembourg, pour l'exposition Vlaminck il y a quelques semaines, guidé par une amie (on dit que l'amitié entre un homme et une femme n'est possible qu'avec les exs et les râteaux. Devinez dans quelle catégorie se range ma belle guide et vous gagnez votre poids en pensées malsaines).

Je me perds dans le dédale des cloisons blanches posées ça-et-là pour former un parcours initiatique improbable, enivré par la profusion de couleurs des tableaux, la poésie surréaliste des citations peintes en lettres d'or aux murs, la chaleur fauve des visiteurs badaudant à mes côtés, et le cul appétissant de la gardienne.

Ndlr : C'est en relisant cette phrase pathétique que La part de l'autre prit définitivement conscience de sa pitoyable condition. Il décida alors, dans un paradoxal réflexe de survie, de se jeter sous un bus. Celui-ci l'évita malheureusement. La part de l'autre comprit que la vie avait décidé de jouer avec son existence minable et partit garder des chèvres dans les plaines du Pakistan. Il dut s'enfuir deux semaines plus tard après avoir été surpris en plein ébat zoophile par un autochtone et condamné par les autorités locales à la prison à vie. De retour dans sa contrée, il se résigna à terminer cet article.

Après plus d'une heure de déambulage (non, ca n'existe pas) dans l'expo, ma chère guide et moi-même décidons de couper court à la vague fauviste dans laquelle nous nous ébattons pour retrouver l'air pur de Paris. C'est sans compter l'inconfort qui m'atteint depuis maintenant de longues minutes : une vessie qui crie au tsunami. Ne voulant admettre qu'à moitié ma faiblesse, j'indique d'un air nonchalant à ma boussole artistique que « Tiens, je vais passer par les cagoinces avant de partir ». Etant sans doute aussi torturée par sa vessie que moi, elle me répond d'un air tout aussi nonchalant que « Ah ben tiens moi aussi ». C'est sur ces timides entrefaites que nous nous enfonçons dans les profondeurs du Luxembourg à la recherche de la providentielle vasque d'aisance.

En arrivant aux gogues, j'ai la non-surprise de voir un homme immobile contre une vespasienne, en position de soulagement, arme au poing. Normal, si ce n'est que pendant tout mon trajet depuis la porte jusqu'à l'orifice qui me soulagera, l'homme reste désespérément incapable de pisser, se contentant de mater le carrelage devant lui. Je m'en gausse intérieurement, comprenant totalement ce pauvre type, incapable de se relâcher lorsque quelqu'un est dans la pièce, d'autant que j'ai généralement le même problème. Mais vu l'envie qui m'assaille (comme on dit à Nairobi), ça n'est pas un timide de la lancequine qui va m'arrêter et je lui fais même l'outrage de choisir la pissotière attenante à sa position, comme pour lui asséner le coup de grâce.

Sauf que la vie, à l'image de quelques unes de mes exs, est une vraie chienne ayant décidé de me sucer jusqu'à la moelle. Me voici donc, la bite à la main, avec l'envie qui me ronge mais la pudeur qui me bloque, et à défaut de trouver quoi que ce soit d'intelligent, je me mets à mater moi aussi le carrelage devant moi.

Les pensées qui me traversent relèvent alors de la stratégie militaire. D'abord faire l'inventaire de ses forces : une vessie pleine mais qui ne se videra d'aucune manière dans la présente situation. Ensuite jauger l'ennemi : un homme ayant le même problème que moi, mais plus mal à l'aise puisqu'il est dans cette situation depuis plus longtemps que moi. Je viens à peine de sortir mon engin, donc il ne sait pas encore que je suis en difficulté. Mais cet avantage sera perdu dans 3... 2... 1... Ca y'est, il a compris, nous sommes à égalité. Non, c'est même lui qui a l'avantage : il a compris que je suis dans la même merde que lui, et qu'en plus j'ai préjugé de mes forces en me postant à son bord immédiat. Pour résumer cette analyse de l'existant, je sais, il sait, je sais qu'il sait, il sait que je sais, je sais qu'il sait que je sais, et il sait que je sais qu'il sait.
Examinons maintenant les échappatoires : vu que mon assaillant et moi-même savons, il n'est évidemment plus question de tromper l'autre, mais bien d'en sortir le moins minable possible. La première chose qui fuse dans ma tête est l'évidence que je dois impérativement bouger avant lui. Mais, tel votre pote bourré venant vous toucher les couilles alors que vous parlez à une jolie pouf dans un but pornographique, plusieurs autres options viennent me déconcentrer. Je me dis que je pourrais très bien fermer les yeux et m'imaginer au fond d'un trou, oublier la compétition qui fait rage entre moi et le non-pisseur impassible, et le laisser gagner. Je me dis aussi que je pourrais tenter la ruse la plus improbable qui soit, à savoir faire semblant de pisser comme si de rien n'était. J'avais d'ailleurs usé avec succès de cette feinte lors d'un précédent affrontement, mais le bruit du lieu avait alors permis de couvrir le silence de mon non-soulagement qui m'aurait trahi. Sauf que cette fois, les lieux sont rigoureusement silencieux. De plus, je sens sur Line (je l'appelle Line, et vous ?) le regard narquois du connard d'à coté. C'en est trop, il est temps de passer à l'action.
En moins de temps qu'il n'en faut à votre femme pour écrire un texto à son amant, j'échafaude et exécute mon plan. D'abord, grogner. Non pas pour effrayer l'adversaire, mais pour asseoir mon emprise et récupérer l'avantage. Ce grognement envoie au bloqué de la vessie un message on-ne-peut-plus clair : « Je n'arrive pas à pisser, j'en suis conscient, je l'assume, et je t'emmerde ». Bloqué mais lucide, mon challenger ne peut que se prendre l'effroyable vérité de ma suprématie en pleine face, et me manifeste sa soumission en continuant à regarder le carrelage en face de lui. Dans un deuxième temps, je range Line dans son antre, non sans lui adresser un regard réprobateur. Puis je quitte mon confessionnal d'un pas sûr et autain.

Mais je me retrouve nez-à-nez avec le dernier obstacle qui me sépare de la victoire : le lavabo. Se laver les mains, c'est laisser à l'adversaire la chance de penser que j'ai tenté de lui faire croire que j'avais pissé quand même. Ne pas se laver les mains, c'est passer pour un porc. Je prends surtout conscience que c'est l'hésitation qui pourrait me faire perdre la partie, alors je décide que je l'emmerde, et je me lave les mains. Longtemps. Très longtemps. Parce que voyez vous, depuis tout ce temps, mon collègue d'infortune (on finit toujours par éprouver de la tendresse pour son perdant) n'a pas bougé, et je finis par me demander quelle était sa stratégie depuis le début, depuis le moment où il m'a entendu arriver et qu'il a compris qu'il ne pourrait se soulager. Alors je prends mon temps, et je le contemple dans le miroir, immobile, concentré sur son carrelage. Il finit par me faire de la peine, mais comme je suis un connard, je prolonge ses souffrances en me séchant les mains pendant plusieurs minutes.

Et puis finalement, je m'en vais, victorieux mais triste de ne connaître la fin pour mon challenger, et surtout encore torturé par mon envie pressante. Un dernier regard par dessus l'épaule quand j'arrive à la porte : il n'a toujours pas bougé. Je me demande qui a l'air le plus con.

Pour les curieux, mon envie connaitra sa fin dans les toilettes de l'UGC des Halles, avant la projection d'Indiana Jones, le blockbuster commercial, mais en VO, comme ca, pour dire de ne pas faire comme tout le monde. On ne se refait pas...
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