Midi McDo.Je viens d'affronter 4mn38 d'attente, contemplant les belles photos de burgers et autres Deluxe Potatoes, salivant déjà en pensant au festin que je vais m'engloutir. Une charmante jeune fille exploitée par la société me demande avec un sourire résigné mes désirs.
Chez McDo, la commande est plus qu'une énumération de voeux, c'est une distinction sociale. Chaque sandwich, chaque menu est l'occasion pour la caissière (pardon, chez McDo on dit "équipière") de poser une liste de questions complémentaires destinées, sous couvert d'une fausse attention au client, à vous faire consommer plus. Vous commandez un burger : "avec le menu ou juste le sandwich ?". Un menu : "best of ou maxi ?", "frites ou potatoes ?", "quelle boisson ?". Seuls les habitués savent anticiper toutes les questions et produire une commande parfaitement ininterrompue. Dans ces rares cas, l'équipière nous gratifie généralement d'un petit sourire teinté à la fois de complicité et de pitié (vous l'avez devancé sur tout les plans, mais cela signifie que vous venez vous gaver des saloperies macdoniesques régulièrement).
N'ayant que faire de sa pitié, et pensant que ma carrure filiforme fera illusion, je tente la commande parfaite :
Moi : Un menu McChicken... (je réagis à temps) ...best of !
J'ai eu chaud. Elle prend sa respiration en vue de me poser la première question. Je la laisse faire. Toujours laisser venir l'adversaire pour mieux le renvoyer dans les cordes, et puis ca me laisse le temps de me remettre de mon léger faux-pas. Ca y'est, elle est sur le point d'expirer, j'attaque :
Frites et Sprite !
C'est une victoire, elle n'a pas eu le temps de réagir, je suis génial. Je lève les yeux pour contempler sa mine dépitée. Mais... attends un peu... elle n'est pas dépitée, elle a même le sourire... Pourtant non, j'ai pas merdé, je ne peux PAS avoir merdé. J'ai rattrappé la première question in extremis et je lui ai renvoyé la deuxième dans les dents. Alors quoi ? Je me tétanise, j'attends sa répartie avec terreur...
Un grand Sprite ou un moyen ?
Dans mes dents. Imparable, deux questions pour le prix d'une. J'avais paré celle du maxi best of mais pas celle-là. C'est tout simplement impossible. Mais je suis fair-play, j'accepte même son "grand Sprite", même si je trouve la question à la limite du règlementaire parce que me faire facturer un maxi best of, ca n'est finalement pas ce que j'ai commandé...
Je décide de terminer quand même ma commande en beauté, pour le sport, mais le coeur n'y est plus, et j'ai l'impression que de son coté, mon équipière a bien compris qu'elle avait déjà empoché la victoire. Les trois autres sandwiches que je commande se font donc sans interruption.
17,60 euros plus tard, je m'en vais mollement poser mon postérieur et entame le déballage de mes denrées. Boîte du McChicken ouverte, j'attrappe cette saloperie d'un coup de main expert (la manière de manger un burger de McDo peut également être assimilée à une distinction sociale. Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui savent manger un Big Mac sans faire tomber un seul bout de salade et les autres). J'approche lentement ma bouche écartelée vers le pain, je commence même a ressentir la chaleur du poulet quand... c'est le drame.
Une odeur désagréable vient me chatouiller les narines. Plus que désagréable. Presque nauséabonde. Je cherche des yeux quel immondis peut produire de telles émanations. Après quelques secondes de recherche, la triste vérité me saute aux yeux : l'odeur provient de mes frites.
Comment est-ce possible ? Comment les frites de McDo, jadis élevées par ma conscience au rang de meilleures frites du monde, peuvent-elles maintenant sentir le rat crevé ? J'examine toutes les hypothèses, scrute ces patates tranchées sous tous les angles, déballe mon microscope de poche et mon accélérateur de particules en kit et en vient à la conclusion que le sieur Ronald McDonald's a décidé sans mon accord de changer son huile.
Pourquoi ? Mais pourquoi cher Ronald as-tu décidé comme ça sans préavis de modifier l'huile de tes frites ? De quelle obscure analyse de marché balancée par les cours fluctuants du tournesol as-tu conclus qu'il fallait absolument effectuer un tel remaniement ? Quel jeune con frais émoulu d'une école de commerce des bas fond du classement national a-t-il pu te faire croire à une telle nécessité ? As-tu pensé à ces millions d'enfants qui viennent chaque jour cultiver leur obésité latente dans tes restaurants ? A tous ces gens que tu drogues en mettant des produits addictifs dans tes sandwiches pour qu'ils reviennent jour après jour s'empifrer, et qui désormais y réfléchiront à deux fois avant de choisir entre Quick et McDo ? Et tous ces cardiologues qui ont déjà pris un crédit pour leur mas provençal, en prévision de leurs futures testicules dorées par l'augmentation de la moyenne pondérale française ?
Cher Ronald, sache que cette modification radicale me déplait au plus haut point. En conséquence, la décision a été prise à l'unanimité plus ma voix de boycotter tes restaurants pour une période indéterminée. A bon entendeur, salut.
Chaton, qu'est ce qu'on bouffe ce soir ? Comment ca y'a plus rien dans le frigo ? Bon...


Samedi soir, seul, personne online, soirée loose comme je les aime. Une tonne de films qui trainent, je ne sais lequel choisir. J'ai épuisé toute ma catégorie
Après une journée de travail harrassante (ben quoi ?), j'aime me poser avec mon livre dans le train, la musique sur les oreilles, et oublier pendant 20 minutes la connerie qui m'entoure et à laquelle je collabore largement. Mais parfois, un petit imprévu surgit, avec son lot l'étrangeté...
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