Lundi 18 septembre 2006 1 18 /09 /Sep /2006 13:56

Publié dans : Souciété - Par La part de l'autre
Midi McDo.

Je viens d'affronter 4mn38 d'attente, contemplant les belles photos de burgers et autres Deluxe Potatoes, salivant déjà en pensant au festin que je vais m'engloutir. Une charmante jeune fille exploitée par la société me demande avec un sourire résigné mes désirs.

Chez McDo, la commande est plus qu'une énumération de voeux, c'est une distinction sociale. Chaque sandwich, chaque menu est l'occasion pour la caissière (pardon, chez McDo on dit "équipière") de poser une liste de questions complémentaires destinées, sous couvert d'une fausse attention au client, à vous faire consommer plus. Vous commandez un burger : "avec le menu ou juste le sandwich ?". Un menu : "best of ou maxi ?", "frites ou potatoes ?", "quelle boisson ?". Seuls les habitués savent anticiper toutes les questions et produire une commande parfaitement ininterrompue. Dans ces rares cas, l'équipière nous gratifie généralement d'un petit sourire teinté à la fois de complicité et de pitié (vous l'avez devancé sur tout les plans, mais cela signifie que vous venez vous gaver des saloperies macdoniesques régulièrement).

N'ayant que faire de sa pitié, et pensant que ma carrure filiforme fera illusion, je tente la commande parfaite :
Moi : Un menu McChicken... (je réagis à temps) ...best of !
J'ai eu chaud. Elle prend sa respiration en vue de me poser la première question. Je la laisse faire. Toujours laisser venir l'adversaire pour mieux le renvoyer dans les cordes, et puis ca me laisse le temps de me remettre de mon léger faux-pas. Ca y'est, elle est sur le point d'expirer, j'attaque :
Frites et Sprite !
C'est une victoire, elle n'a pas eu le temps de réagir, je suis génial. Je lève les yeux pour contempler sa mine dépitée. Mais... attends un peu... elle n'est pas dépitée, elle a même le sourire... Pourtant non, j'ai pas merdé, je ne peux PAS avoir merdé. J'ai rattrappé la première question in extremis et je lui ai renvoyé la deuxième dans les dents. Alors quoi ? Je me tétanise, j'attends sa répartie avec terreur...
Un grand Sprite ou un moyen ?
Dans mes dents. Imparable, deux questions pour le prix d'une. J'avais paré celle du maxi best of mais pas celle-là. C'est tout simplement impossible. Mais je suis fair-play, j'accepte même son "grand Sprite", même si je trouve la question à la limite du règlementaire parce que me faire facturer un maxi best of, ca n'est finalement pas ce que j'ai commandé...

Je décide de terminer quand même ma commande en beauté, pour le sport, mais le coeur n'y est plus, et j'ai l'impression que de son coté, mon équipière a bien compris qu'elle avait déjà empoché la victoire. Les trois autres sandwiches que je commande se font donc sans interruption.

17,60 euros plus tard, je m'en vais mollement poser mon postérieur et entame le déballage de mes denrées. Boîte du McChicken ouverte, j'attrappe cette saloperie d'un coup de main expert (la manière de manger un burger de McDo peut également être assimilée à une distinction sociale. Le monde est divisé en deux catégories : ceux qui savent manger un Big Mac sans faire tomber un seul bout de salade et les autres). J'approche lentement ma bouche écartelée vers le pain, je commence même a ressentir la chaleur du poulet quand... c'est le drame.

Une odeur désagréable vient me chatouiller les narines. Plus que désagréable. Presque nauséabonde. Je cherche des yeux quel immondis peut produire de telles émanations. Après quelques secondes de recherche, la triste vérité me saute aux yeux : l'odeur provient de mes frites.

Comment est-ce possible ? Comment les frites de McDo, jadis élevées par ma conscience au rang de meilleures frites du monde, peuvent-elles maintenant sentir le rat crevé ? J'examine toutes les hypothèses, scrute ces patates tranchées sous tous les angles, déballe mon microscope de poche et mon accélérateur de particules en kit et en vient à la conclusion que le sieur Ronald McDonald's a décidé sans mon accord de changer son huile.

Pourquoi ? Mais pourquoi cher Ronald as-tu décidé comme ça sans préavis de modifier l'huile de tes frites ? De quelle obscure analyse de marché balancée par les cours fluctuants du tournesol as-tu conclus qu'il fallait absolument effectuer un tel remaniement ? Quel jeune con frais émoulu d'une école de commerce des bas fond du classement national a-t-il pu te faire croire à une telle nécessité ? As-tu pensé à ces millions d'enfants qui viennent chaque jour cultiver leur obésité latente dans tes restaurants ? A tous ces gens que tu drogues en mettant des produits addictifs dans tes sandwiches pour qu'ils reviennent jour après jour s'empifrer, et qui désormais y réfléchiront à deux fois avant de choisir entre Quick et McDo ? Et tous ces cardiologues qui ont déjà pris un crédit pour leur mas provençal, en prévision de leurs futures testicules dorées par l'augmentation de la moyenne pondérale française ?

Cher Ronald, sache que cette modification radicale me déplait au plus haut point. En conséquence, la décision a été prise à l'unanimité plus ma voix de boycotter tes restaurants pour une période indéterminée. A bon entendeur, salut.

Chaton, qu'est ce qu'on bouffe ce soir ? Comment ca y'a plus rien dans le frigo ? Bon...
Voir les 5 commentaires - Ecrire un commentaire
Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /Août /2006 23:14

Publié dans : Misogynie - Par La part de l'autre
Samedi soir, seul, personne online, soirée loose comme je les aime. Une tonne de films qui trainent, je ne sais lequel choisir. J'ai épuisé toute ma catégorie "à voir absolument", il me reste juste les "on m'a dit que c'était un film à voir, mais je n'en ai jamais entendu parler" que je ne regarderai sans doute jamais, et, plus ambigüs, les "je sais qu'ils sont bien, que je vais les trouver énormes, mais comme ils sont chelous et parfois un peu chiants au début faut que j'aie la motivation".
Je me jette par désespoir sur la deuxième catégorie et opte pour LE film à ne pas regarder lors d'une soirée loose : Eternal sunshine of the spotless mind. Les conséquences sont prévisibles : une heure et demi après ce choix judicieux, le générique de fin défile sur "Everybody's got to learn sometime", et je suis dans l'état de "j'sais pas skeu j'ai" qui me prend à chaque fois que je sors d'un film tordu.

Qu'il est agréable de sentir son esprit retourné en sortant d'une salle obscure, d'avoir mille questions, de remettre en question sa vision des choses, de se plonger dans une séance de réflexion à la fois complètement inutile et désespérément passionnante, de savoir que 90 minutes de film ont définitivement changé quelque chose en nous.

La question existentielle que je me pose à la fin de ce film est la suivante : vaut-il le coup d'entamer une relation amoureuse avec une fille quand on sait à l'avance que ca ne fonctionnera pas à moyen terme ?

N'avez-vous jamais eu une telle occasion ? Je ne parle pas des filles avec qui on n'a rien en commun. Je parle de celles qui ont tout ce qu'on recherche sauf... De ces jeunes filles charmantes et attirantes mais... De toutes ces "elle serait faite pour moi si...". On en croise presque tous les jours. La fille lambda finalement. Dès qu'on fait sa connaissance, on lui trouve beaucoup de bons côtés, plus quelques mauvais assez gênants. On essaie de se convaincre qu'on se croit assez fort pour en faire abstraction, passer outre, prendre sur soi... Mais en fait on espère seulement pouvoir changer ces choses-là chez elle rapidement. Les plus inexpérimentés pensent réellement qu'ils peuvent changer quoi que se soit. Les autres essaient de s'en convaincre. L'embrouillamini mental est d'ailleurs fascinant : essayer de se convaincre qu'on est assez fort pour supporter la fille afin de se cacher qu'on essaie de se convaincre qu'on peut la changer, tout en sachant au fond que ni l'un ni l'autre n'est possible, et que cette relation va foirer dans quelques semaines...

Mais alors que faire dans ces cas là ? A quoi bon essayer quand on sait que c'est perdu d'avance ? Quel peut être l'intérêt d'une relation dont on sait qu'elle ne durera pas plus d'un mois, un an, deux ans pour les plus endurants ? Oui vraiment, quel peut bien en être l'intérêt...

...

...

...

Mmwwwaahahhaaahhhhaaahhhhhaaaaaa !!!!!!!
Voir les 11 commentaires - Ecrire un commentaire
Lundi 7 août 2006 1 07 /08 /Août /2006 21:57

Publié dans : Quatrième dimension - Par La part de l'autre
Après une journée de travail harrassante (ben quoi ?), j'aime me poser avec mon livre dans le train, la musique sur les oreilles, et oublier pendant 20 minutes la connerie qui m'entoure et à laquelle je collabore largement. Mais parfois, un petit imprévu surgit, avec son lot l'étrangeté...

Ainsi ce soir, je prends place dans le premier compartiment libre. Un homme fait semblant de roupiller dans un coin, et deux greluches discutent. Deux spécimens sauvages de bécasses à talons sortis tout droit de ma banque personnelle de clichés. Une blonde, les cheveux qui lui tombent vaguement sur le visage en paquets qui voudraient imiter l'effet "saut du lit" mais ne parviennent qu'à reproduire l'effet "pas peigné". Elle porte un jean taille basse, de la quincaillerie partout, et des talons évidemment. Sa copine, en face de moi, a les cheveux assez courts, teints en rouge à reflets d'or, une espèce de chemisier confectionné à partir de lambeaux de tissus usés, et un attirail métallique qui doit peser plusieurs kilos. Inutile d'ajouter les 2 centimètres de couche de maquillage, dont un rouge à lèvre sombre assorti aux cheveux.

En m'asseyant, je surprends le regard insistant de la miss aux cheveux rouges qui se pose sur moi. Elle me dévisage. Avec mon physique à faire vomir un égout, je m'imagine qu'elle a pitié de moi et est simplement moins discrète que les autres pour me le faire comprendre. Je ne lui en tiens pas rigueur : qu'une fille accoutrée de la sorte me trouve moche est un compliment agréable.

Je me plonge donc dans mon livre, un essai philosophique sur le parallèle entre les doctrines postmodernes et les pseudosciences, et ne tarde pas, comme chaque soir, à sombrer dans un sommeil mou après la lecture de trois phrases, lorsque la fausse rousse m'interpelle. Elle aurait pu lorgner sur le titre du livre et me balancer un truc du genre "j'adore la philosophie", ou simplement remarquer que je m'endors et dire "votre livre a l'air passionnant", ou encore quelque chose comme "j'adore la littérature". Malheureusement, le titre du livre ne comportant que des mots de plus de 3 syllabes, mon bel arbre de Noël, à défaut de pouvoir comprendre le contenu, se raccroche au support et me lance : "j'adore les livres".

Eh bien laissez-moi vous confier une chose : une telle entrée en matière, ça fait drôle. En fait, ce qui me fait le plus bizarre, c'est que cette phrase à elle seule me confirme ce que je pensais vaguement en tentant de me convaincre que je me trompais : elle est vraiment aussi cultivée qu'elle en a l'air. Je contiens un sourire et lève un oeil, me disant que j'ai peut-être mal entendu. Comme si elle lisait dans mes pensées, ma créature me renvoie à la figure l'effroyable vérité : "je disais que j'adore les livres". Je ne trouve rien d'autre qu'un "Ah !" à lui répondre, dont le ton cache mal les sentiments complexes que j'éprouve à ce moment là, mêlant surprise, effroi, et contenant tant bien que mal un fou rire. Elle le comprend, et tente de s'expliquer, donnant un spectacle mémorable : "non mais si hein vraiment j'te jure j'aime bien les livres. Lire, tout ça, t'sais."

Cette explication, bien que cocasse, ne me donne aucun indice sur ce que je dois répondre. Je lui propose alors de jeter un coup d'oeil à mon bouquin, ce qu'elle accepte, mais à sa manière de le prendre en main, je vois bien qu'elle est plus intéressée par les reliures et la brillance de la couverture qui reflette un rouge capillaire dans tout le compartiment, plutôt qu'aux mystérieux idéogrammes imprimés dessus. Elle me demande de quoi ça parle. J'hésite. J'ai peur de provoquer des lésions cérébrales irréversibles chez elle. Et puis zut, après tout c'est elle qui demande.
Je lui réponds donc : "c'est un livre philosophique..."
Elle m'interromp : "psycho...chiatrique ?"
Moi : "non, philosophique, un livre philosophique sur..."
Elle : "ah ouais parce que moi c'est plutôt... t'sais... enfin le... psychiatrique quoi t'sais"
Je laisse un blanc puis enchaîne : "oui donc un livre philosophique sur les relations entre les théories postmodernes et les pseudosciences".
Elle : "les pseudosciences... - je sens son cerveau se mettre en boucle - genre euh..."
Moi : "genre homéopathie, astrologie"
Elle, enhardie par des sujets dont elle a entendu parler chez la coiffeuse en feuilletant le dernier cosmopolitain : "ah ouais ok, et donc ca dit quoi ?"
Moi : "eh bien l'auteur dit que les postmodernes, qui prétendent se la jouer scientifiques à fond, contribuent en fait à toutes ces fausses sciences"
Là elle comprend que les disciplines précédemment énumérées sont des fausses sciences et sa conception du monde s'écroule, mais elle ne veut pas perdre la face et demande une dernière confirmation : "ah ouais ok, les fausses sciences, donc l'astrologie, tout ça c'est..."
Je lui porte l'estocade : "oui c'est des conneries"
Elle, faisant semblant d'acquiescer : "ah ouais en fait après ca dépend des croyances en fait"
Moi : "voila exactement".

Ce bref échange terminé, elle me rend mon précieux ouvrage. A ce stade, je la crois découragée, et pense que mon quart d'heure de rigolade intérieure est fini... Ne jamais sous-estimer l'adversaire. Elle récupère ses esprits en quelques secondes et, téméraire, relance la conversation vers des affres qu'elle croît connaître :
"Ouais parce que moi t'sais je lis des livres, t'sais par exemple une fois j'ai un pote qui m'a prété un livre de Sartre"
Elle laisse un léger blanc, puis renseigne ma culture à toutes fins utiles : "T'sais, Sarte, Jean-Paul Sartre, le psycho... chiatr..."
Je ne peux la laisser comme ça, c'est trop inhumain, je la corrige : "...philosophe"
Elle : "ouais t'sais, ben j'ai un pote qui m'a passé un livre de lui, et ben je l'ai lu t'sais, en entier et tout"
Moi, arpentant les abysses de la consternation : "ah ouais"
Elle y croit, elle n'a peur de rien, elle continue : "ouais c'est génial t'sais"
Je place mon joker pour éviter de trouver une réponse à pareille péremptoire affirmation : "je ne sais pas, je n'ai jamais lu Sartre"
Elle, me croyant peut être harponné : "ouais t'sais, j'ai trouvé ca génial j'veux dire, tu vois ce mec, on pense à des trucs, ben lui il y a pensé y'a des années, et t'sais tu vois ce qu'il dit c'est encore super valable au XXe siècle, c'est encore actuel tu vois".
Je crois que le coup du XXe siècle a été fatal. Autant avant je contenais mon fou rire par un léger sourire qui pouvait passer pour de la sympathie, autant là je sens que le compte-à-rebours n'est plus que de quelques secondes avant que j'explose, arborant en attendant l'instant fatidique un sourire jusqu'aux oreilles et tenant une apnée de quelques minutes. Et puis je n'en puis plus, alors je relâche un peu de lest : "oui enfin Sartre c'est pas si vieux que ça quand même..."
Elle, étonnée mais pas gênée le moins du monde : "ah bon ?"
Moi : "ben oui c'est du XXe siècle quand même"
Elle : "Ah. Oh moi t'sais hein je... j'veux dire t'sais je sais pas hein".

Sur ce, le train arrive, elles doivent descendre, moi pas. Tant mieux, le fou rire fait du forcing à mi-gorge. Mes deux tourterelles sortent, la rousse me lance un dernier regard mielleux et sourire mielleux qui en disent long. J'attends encore quelques pénibles secondes puis j'explose. A côté de moi, le mec fait toujours semblant de dormir, mais je remarque un léger rictus...

Pendant le reste du trajet, je ne peux me reconcentrer sur mon livre, les lettres rouges de la première de couverture me renvoient à la figure l'incandescence capillaire de ma candide conne inculte. Le fou rire passé, je me sens légèrement attendri. Je suis à peine plus cultivé qu'une huitre et pourtant j'ai fait impression. Et puis je viens de me faire clairement aborder. Même par un engin pareil, c'est valorisant. Et puis au fond, j'admire cette fille. Elle ne connait rien au sujet qu'elle a utilisé pour m'aborder, mon look laissait clairement transparaître ma manière d'être, un peu comme si "j'aime pas les bécasses à talons" était gravé sur mon front, et pourtant elle n'a pas hésité une seconde à m'aborder. Et puis maintenant je n'ai plus peur, peu importe la manière dont j'aborderai une fille, ça ne pourra pas être pire que ce que je viens de vivre. Parfois la vie paraît si simple...
Voir les 16 commentaires - Ecrire un commentaire

Vasistas

  • : Les pensées malsaines d'un mec normal
  • : Le blog d'un mec normal qui laisse parler ses plus bas instincts, ses pensées les plus malsaines. Pour laisser sortir la "part de l'autre" en chacun de nous.
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Réactions

Philo

L'héroïsme est la seule manière de devenir célèbre quand on n'a pas de talent

Pierre Desproges

Conformisme web

  • Flux RSS des articles

Boussole

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés